3.12.10

GIP France Haras : les nouveaux haras nationaux et leurs chevaux étalons ouvrent leurs portes le 6 décembre


GIP France Haras

France Haras : la signature lundiLa signature de la convention constitutive du groupement d’intérêt public (GIP) France Haras aura lieu le lundi 6 décembre sous les auspices du ministère en charge de l’agriculture, à Paris.
La création de ce GIP répond à la volonté de l’Etat de placer sous gouvernance professionnelle les activités du secteur marchand de la filière équine jusque là exercées par les ex-Haras nationaux. Ces activités concernent la monte publique, l’identification de terrain et les services aux éleveurs. Les signataires de cette convention sont d’une part le secteur public et d’autre part les acteurs de la filière, tant du secteur élevage que du secteur des prestataires de services. France Haras entrera dans sa phase opérationnelle au 1er janvier 2011. L’objectif consiste à favoriser la mise en place de structures territoriales prenant en charge les activités d’étalonnage, d’identification de terrain et d’appui technique aux éleveurs. Il proposera aussi des services aux professionnels de la filière, tels que l’offre d’une génétique collective nationale, le transport de semence, l’accompagnement et le développement de bonnes pratiques en matière de reproduction ou l’appui à la conduite de certaines politiques de l’Etat dans le domaine de l’élevage. La conduite de France Haras sera assurée par et pour les professionnels dans le cadre d’une gouvernance partagée.
(source communiqué GIP France Haras)


Haro sur les haras nationaux
Scindés en deux à partir du 1er janvier 2010, les Haras nationaux seront en partie recyclés en fusionnant avec l’École nationale d’équitation
Une page d’histoire se tourne. Les Haras nationaux, créés en 1665 par Louis XIV, vont disparaître sous leur forme actuelle le 1er janvier prochain. Chargés d’élever des étalons de la cavalerie française, autrefois présente sur les champs de bataille, aujourd’hui sur les champs de course et dans les grands concours équestres (historique des haras), ces haras, qui forment un extraordinaire patrimoine équestre de 19 sites à travers la France, devraient en 2010 se diviser en deux organismes distincts.
D’un côté, une dizaine de haras (Angers, Cluny, Pompadour, Lamballe, La Roche-sur-Yon, Le Pin, Rosières, Saintes, Saint-Lô, Uzès…) fusionneront avec l’École nationale d’équitation pour former l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE).
Cette entité conservera les missions de formation, de développement du sport de haut niveau, de recherche scientifique autour du cheval et de l’équitation. Elle continuera également à mettre à jour la base de donnée « Sire » qui enregistre l’identité et les qualités de chaque cheval français.
De l’autre côté, les structures d’Aurillac, Besançon, Bréviaires, Gelos, Hennebont, Montier-en-Der, Rodez, Villeneuve et les centres techniques seront réunis dans un groupement d’intérêt public (GIP) nommé « France Haras », chargé de gérer les activités commerciales de l’ancien service : vente et transport des semences des étalons.
L’État et les collectivités territoriales devraient continuer à détenir 51 % des actions, les associations d’éleveurs et de représentants de la race chevaline se partageant l’autre moitié du gâteau.Nécessité d'une réforme mais laquelle ?
Dans le milieu du cheval, tout le monde était d’accord pour dire qu’il fallait une réforme. L’activité publique était dépassée depuis les années 1980, concurrencée par les haras privés en France et à l’étranger. Face à ce constat, pourtant, les avis divergent sur la décision prise de diviser en deux les haras nationaux.
Parmi les défenseurs de la réforme, Jean Lesne, président de l’établissement public depuis 2000, qui dirigera la mise en place de France Haras, explique : « Si nous avons échoué jusque-là, c’est d’abord parce que nous n’avons jamais su monter de partenariat public-privé. Le GIP s’y prête très bien. L’État s’occupera de moins en moins des choix des éleveurs et, si l’IFCE sélectionne de très bons chevaux, ce nouvel organisme pourra les mettre à la disposition du groupement d’intérêt pendant la saison de monte. »
Robert d’Artois, directeur de l’École nationale d’équitation (ENE), abonde dans ce sens. Pour lui, l’IFCE devra être le lieu incontournable d’entraînement de toutes les disciplines équestres.
« Le regroupement d’une partie des haras avec l’ENE pourrait nous aider à améliorer notre cavalerie. Nous travaillerons sans doute en plus étroite collaboration pour que les chevaux de grande qualité soient le plus vite possible formés à la compétition. Si les éleveurs nous fournissent de bons produits, nous aurons de bons résultats en compétition, ce qui valorisera leur travail. »"Les Haras nationaux, c’était le privilège d’avoir du temps"
En revanche, cette synergie inquiète Louis Dillasser, représentant de la CGT aux Haras nationaux (haras qui dépendent du ministère de l’agriculture). « On va privilégier l’élite de la famille du cheval, déplore-t-il. Le développement du cheval de selle se fera au détriment d’autres étalons qui contribuent à la préservation de l’espèce et qui, eux, risquent de disparaître. »
Un argument que le syndicaliste a pu défendre lors d’une grève des Haras nationaux organisée contre la réforme en fin de semaine dernière. Le mouvement, suivi par 40 % du personnel, visait notamment à dénoncer le risque pour les fonctionnaires rattachés au futur GIP de perdre leur emploi ou leur statut au bout de cinq ans. De son côté, la direction des Haras nationaux a garanti dans un communiqué qu’il n’y aurait « aucune fermeture des sites début 2010 ».
Pour Xavier Libbrecht, rédacteur en chef de la revue L’Éperon, la réforme a aussi un autre but : diminuer les dépenses d’un État qui n’a plus les moyens de garder de telles activités. Le journaliste redoute l’évolution vers une culture où seule prime l’efficacité.
« L’exception des Haras nationaux, c’était le privilège d’avoir du temps. Les chevaux y étaient moins vite catalogués. On pouvait les élever sur plusieurs générations sans espérer de rendement immédiat et au bout du compte cela donnait de bonnes surprises. Aujourd’hui, seuls les éleveurs allemands peuvent encore s’offrir ce luxe. Dommage, c’était aussi notre spécificité, reconnue partout dans le monde. »

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